La consommation de poisson provenant de la pêche hauturière devrait être évitée parce qu’elle a un impact disproportionné sur un environnement très spécial : les grandes profondeurs océaniques. Découvrons un peu cet environnement vaste et peu connu qui n’est pas perçu comme un espace essentiel pour l’avenir de l’humanité.
La grande fragilité des grandes profondeurs
Une légine
Dans ces abysses, la faune et la flore sont très fragiles. Les fonds des océans alternent des étendues presque désertes et de véritables oasis de vie, riches mais incroyablement lentes à évoluer. Ici, chaque adaptation prend des millénaires. Le rythme de la vie y est ralenti à l’extrême.
Certains écosystèmes profonds abritent une biodiversité foisonnante, malgré l’absence totale de photosynthèse et des températures glaciales. Dès 150 mètres sous la surface, 99 % de la lumière solaire disparaît. Passé 1000 mètres, l’obscurité règne en maître.
La vie subsiste pourtant sous des pressions démesurées : à 10 000 mètres, la pression atteint 1 tonne par centimètre carré, l’équivalent du poids de huit voitures sur un seul pied humain.
Le fond de l’océan reçoit en continu une pluie fine de débris organiques, qui tombent lentement depuis les couches supérieures. Ce flux nourrit la vie dans ces profondeurs silencieuses.
Quelques chiffres frappants : la surface des océans couvre 361 millions de km2, soit 90 % de l’espace disponible pour la biodiversité sur notre planète. Le volume atteint 1,31 milliard de km3, dont l’essentiel reste inexploré. En moyenne, les océans descendent jusqu’à 4000 mètres.
Un environnement qui promet de riches découvertes
À cause de leur inaccessibilité, les espèces abyssales et les fonds marins profonds restent peu étudiés, que ce soit sur le plan biologique ou géographique. Pourtant, les scientifiques estiment qu’un capital biologique insoupçonné y dort, avec des ressources dont la valeur pour l’avenir défie l’imagination. Le potentiel de découvertes à venir est vertigineux.
À ce jour, la cartographie des fonds océaniques ne couvre qu’une infime partie, équivalente à la superficie d’un petit département. Quant au nombre d’espèces inconnues, il se situerait entre 10 et 30 millions, alors que « seules » 1,9 million sont officiellement répertoriées sur terre.
La rareté des terres rares et de l’énergie
Avec les restrictions chinoises sur les exportations de terres rares et l’épuisement progressif du pétrole, la ruée vers les ressources des grands fonds s’accélère (voir épuisement des ressources naturelles).
Le Japon, par exemple, prépare déjà des opérations pour extraire des nodules polymétalliques sur les plateaux marins profonds. Ces métaux deviennent vitaux pour leur industrie électronique et automobile, alors que les importations traditionnelles se raréfient.
Quant aux hydrates de méthane (1), ils pourraient représenter, d’ici quelques décennies, une source énergétique colossale. On envisage de les exploiter comme alternative au pétrole, au charbon ou aux sables bitumineux, dont l’impact environnemental est aujourd’hui massivement remis en question.
Ce scénario a de quoi fasciner, mais il alimente aussi de sérieuses inquiétudes. Rares sont les pays où la protection de la biodiversité passe avant le profit. Les appétits industriels risquent de l’emporter sur toute autre considération.
Au final, les profondeurs océaniques incarnent peut-être la prochaine frontière de l’humanité. Mais, à peine leur exploration commencée, la logique de destruction prend déjà le dessus.
Homo sapiens, vraiment ?
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Sur l’abîme et la pêche :
Pour aller plus loin sur l’état des ressources marines, voici deux sources d’information incontournables :
- Toutes les statistiques de pêche
- Toutes les statistiques sur les océans
(1) Un hydrate de méthane, aussi appelé clathrate de méthane, correspond à un composé organique naturellement présent dans les fonds marins, sur certaines pentes continentales ou dans le pergélisol des régions polaires. Il s’agit d’un immense réservoir de carbone planétaire. Abondant mais difficile d’accès, ce gisement représente une source énergétique fossile potentielle, susceptible de remplacer le pétrole. Cependant, il libère du méthane ou indirectement du CO2, deux gaz à effet de serre très puissants.

